lundi 11 juin 2018

Les humanités numériques : un enjeu de transdisciplinarité ? Compte rendu du séminaire organisé par la DGESCO le 26 mars 2018. Rédigé par J. B. Chaumié

Compte-rendu rédigé par J.B. Chaumié
1/ Présentation et introduction au séminaire par M. Allouche, de la direction du Numérique pour l’éducation au Ministère de l’éducation nationale

Présentation de l’objectif principal de cette journée : s’interroger sur les humanités numériques comme une  « transdiscipline ».
« Elle vise à engager les participants, cadres et formateurs de l’éducation nationale, sans restriction aux seuls spécialistes du numérique, dans une réflexion sur une problématique commune : comment l’ensemble des disciplines scolaires peuvent-elles prendre en compte les réflexions, les ressources et les outils des humanités numériques au profit des apprentissages de l’élève ? » ( brochure de présentation)
Monsieur Allouche rappelle que l’on est passé de l’informatique aux TICE puis à l’enseignement du numérique, pour dire qu’il ne s’agit plus seulement d’une matière ou même d’une technique , mais d’un environnement, et, comme le précisera aussi  plus tard M. Matthias, tout est numérique.

 On s’inspirera du manifeste  de 2010  qui se donne pour objet : "le progrès de la connaissance  et l’intégration de la Culture Numérique dans la définition de la culture  générale du XXIeme siècle" et définit les HM comme «  transdiscipline ; porteuse de méthodes, des dispositifs et des perspectives heuristiques liées au numérique dans le domaine des Sciences humaines et sociales » ( cf manifeste des Humanités  numériques  de THATCamp 2010 )

  Il faut alors plus précisément se demander alors quels peuvent être les apports des HM.



2/ Intervention de Marin Dacos (directeur et fondateur d’Open Edition, conseiller scientifique pour la science ouverte, ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation) 
L’enjeu principal est de promouvoir la science ouverte :  il faut ouvrir les publications, les données, les codes sources, les processus ; « la science à la société et la société à la science ».
Moyen  et objectifs : ouvrir « le dernier KM » c’est-à-dire l’accès de tous aux données informatiques  en vue de permettre et de faciliter  le travail collaboratif (dont Wikipédia donne un exemple).
Monsieur Dacos rappelle le devoir d’intégrité et de transparence. Insiste sur un point : le partage est nécessaire pour la  meilleure conservation possible.
Ajoute à l’insistance sur la possibilité et l’intérêt du travail collaboratif la nécessité d’agir et de pratiquer pour comprendre : « less yack more Hack » (moins de blabla plus de code), pour tous : « car il n’y a pas de digital native, la plupart  des utilisateurs ne comprennent pas ce qu’ils font, et ne font qu’une petite partie de ce qu’ils pourraient faire . »

Il s’agit alors de promouvoir des diplômes spécifiques, et de former les maîtres.

3/ Intervention de l’inspection générale de l’éducation nationale 
Paul Mathias, inspecteur général de l’éducation nationale, groupe philosophie
Paul Raucy, inspecteur général de l’éducation nationale, doyen du groupe lettres 
M. Raucy commence son intervention par une référence à Montaigne «  notre monde vient d’en trouver un autre »  « un autre monde vient de recouvrir le nôtre », recouvrement par une infra-écriture.

Emet des doutes sur l’interdisciplinarité, et semble plutôt penser qu’il y a un usage propre à chaque discipline, didactique et pédagogique. Il s’agit donc d’apprendre à manier les outils , donner une appropriation critique, sans pour autant faire perdre aux disciplines leurs spécificités. Conçoit le rapport entre disciplines comme un dialogue amical plus que comme une fusion risquée dans des matières aux objets peu déterminés.

M. Matthias : Remise en question du syntagme « humanités numériques » 
Numérique :  en fait informatique, algorithmes, applications etc … 
Humanités : système de ce qui nous fait habiter le monde, science, politique autant de projection sur le monde de nous-mêmes.

Ne pas s’en tenir à une dimension techniciste : on n’y voit qu’un moyen nouveau  des humanités, or il constitue « le lieu d’hébergement, le lieu ou résident et prospèrent nos savoirs. » Il ne s’agit pas d’un transfert des livres aux algorithmes, mais les humanités transforment leur nature par le numérique.

Insiste sur la radicalité du changement : il s’agit « d’un nouveau mode d’existence pour nos humanités », « qui n’est plus un moment de nos activités parmi d’autres, mais le lieu nouveau de déploiement de nos activités intellectuelles. »

Nouveau aussi parce que ce n’est pas une écriture ou une technique qui en remplace une autre, il y a un changement de nature, les choses existent de façon numérique, ne plus parler de numérisation, mais de numéricité. Nouveau mode d’existence de nos pratiques intellectuelles.  Bref, changement de nature. Un peintre, devient en même temps que peintre programmeur, inventeur d’outils qui permettent de programmer des images. L’instrument est de même nature que le produit que l’on réalise (image, texte, son numérique, sont produit par des programmes numériques).

Table ronde participative
Intervenants : Vincent Audebert, inspecteur d'académie - inspecteur pédagogique régional sciences de la vie et de la Terre, délégué académique adjoint à la formation, académie de Créteil - Aimeric Audegond, docteur en histoire de l'art, professeur d'arts plastiques, ESPE d'Amiens - Yael Boublil, professeure de lettres, académie de Paris - Isabelle Colon de Carvajal, maîtresse de conférences en sciences du langage, laboratoire ICAR (Interactions, Corpus, Apprentissage, Représentations), département éducation et humanités numériques de l'ENS de Lyon - Émilie Magnat, maîtresse de conférences en anglais, ESPE d'Amiens.

 Madame Boublil, formatrice académique en lettres  aborde la question de la place de l’enseignant, alors que l’élève a à disposition un savoir qui excède celui du professeur, qui n’a donc plus le monopole du savoir et de l’information. Elle souligne la complexité de la pratique, qui ne peut se décréter mais seulement se construire. 

 Monsieur Audebert, IPR de SVT, s’interroge sur la capacité du numérique à mettre fin  la « différenciation »  autre mot pour la discrimination, ou mise à l’écart de certains élèves.

Mme Emilie Magnat, Maître de conférence en anglais, ESPE d’Amiens voit dans les humanités numérique la possibilité de réunir les deux pôles sciences et lettres.

Ateliers
Atelier 1 
« La transformation de l’accès aux ressources : comment passer de l’accumulation des savoirs à la structuration des connaissances ? » 
La place de la contingence dans la recherche des ressources numériques 
Présentation par Maryse Emel, IAN ( interlocuteur académique pour numérique ) à Créteil, et François Elie, IAN académie de Poitier.
Pose le problème de la construction du savoir avec des serveurs « capables de donner bien plus de réponses qu’il y a de questions » mais dont les algorithmes orientent les recherches. 
« Je peux chercher n’importe quoi, il y aura toujours des réponses multiples. L’asséchement des réponses aux questions ne semble pas à l’ordre du jour. Puiser n’épuise en rien les réserves. C’est tout au plus celui qui puise qui risque de s’épuiser à ce rythme. En revanche la question n’effraie plus. On sait, on l’affirme avec certitude : le web répond à tout. Mais devant l’avalanche je ne sais plus ce que je cherchais. « 
Madame Emel et Monsieur Elie présentent le Labo philo mis au point par Monsieur François Elie. Cela  se présente comme une banque de ressources pour les collègues, textes/ exercices et sujets/ extraits de film et images. Plateforme collaborative, permettant de proposer, si on appartient au groupe, ses propres documents.

Point de vue assez engagé de François Elie en faveur de l’utilisation de logiciels indépendants pour permettre l’organisation et la diffusion des plateformes collaborative. Son travail s’est fait sur un site et un hébergeur personnel. Se plaint de résistances et de retards de l’administration dans ce domaine.
Présentations du site, 



Autres ateliers 

Atelier 2 

 Comment le numérique favorise-t-il la pratique réflexive ? Expérimenter les savoirs et réfléchir à partir de ces expériences.http://cache.media.eduscol.education.fr/file/Formation_continue_enseignants/91/9/Presentation_Atelier_2-_Seminaire_Humanites_numeriques_913919.pdf

Atelier 3 - En quoi une situation pédagogique peut-elle être enrichie par le cadre des humanités numériques ? Musique et EPS (connaissance, compétences) 

Atelier 4 - À partir d'expériences ICN (informatique et création numérique) : comment le numérique invite-t-il à dépasser le cadre disciplinaire ?

 

Conclusion : quelques questions : 

·       Matière à part entière ? Ou bien à intégrer à chaque discipline selon ses modalités propre ?  
·       Faut-il nécessairement apprendre et faire apprendre  le codage ? 
·       Permet l’approfondissement de la matière ou bien  un élargissement à d’autres disciplines ? 
·       Transformation de la relation prof/élève grâce à des outils qui permettraient à l’image de Wikipédia un contenu interactif et collaboratif ?  si c’est possible, doit-on le rechercher ? Quelle place alors pour le professeur dont le savoir se voit subordonné à celui de la source numérique ?  S’agit-il d’un renversement ou simplement d’un manuel plus complet, plus ouvert plus interactif ? 
·       Quelle « bonne » utilisation l’enseignant   peut-il faire du numérique pour l’aider dans son travail de préparation de cours.
·       Enfin, comment se prévenir de tous les risques que fait courir le fait de travailler dans des plates-formes ouvertes ? Doit-on nécessairement passer par des hébergeurs internes à l’institution avec le risque  d’obsolescence rapide, les contraintes d’utilisations etc…